Classes coopératives

mercredi, janvier 13 2010

Une seule année ne suffit pas

« - Tu demandais quoi faire, Ornytion ? Mais … tout recommencer ! Inlassablement. Roc après roc. Autant de fois que nécessaire. Et même après la mort … » (RACHLINE F., Sisyphe, Albin Michel, Paris, 2002, p 442.)

Une seule année

Pour un enfant, comme pour un adulte, l’acte d’apprendre nécessite la convergence simultanée de plusieurs facteurs : une disponibilité physiologique et émotionnelle (par exemple, n’avoir ni faim, ni peur), un environnement qui nous sollicite (évoluer dans un contexte riche en opportunités d’apprendre), une architecture neuronale suffisamment élaborée pour ancrer les informations entrantes (basée sur l’expérience et la maîtrise fine d’activités variées), une récurrence des activités de travail (ne pas se contenter d’une seule pratique des choses). On le voit bien, toutes ces conditions ne peuvent être facilement établies, sans oublier que pour un élève, apprendre n’est pas systématique à l’enseignement qu’il reçoit.

Les projets pédagogiques qui tendent à développer et faire vivre des classes de cycle ou des classes uniques montrent que l’école gagnerait à penser autrement le temps, en particulier en ce qui concerne l’année scolaire. Une seule ne suffit pas. On rencontre en effet dans ces contextes de travail des élèves qui ont la possibilité de disposer, sur plusieurs années, d’un même espace d’apprentissage, la plupart du temps autour des mêmes repères humains (enseignant et camarades) et organisationnels (structure de la classe, méthodes de travail, outils employés, formes d’évaluation, …) Ainsi, lors d’une nouvelle rentrée, les enfants n’ont plus à oublier les habitudes de l’année scolaire précédente, ni à investir une organisation entièrement nouvelle. L’école reprend, les élèves poursuivent leurs travaux là où ils les avaient interrompus au mois de juillet. En outre, ce qui vaut pour les enfants, le vaut aussi pour leurs familles.

Une perte de temps évidente

Dans les écoles où les élèves changent de « division » chaque année, la réalité apparaît malheureusement plus lourde : elle consiste en une perpétuelle adaptation. Lors de la rentrée se septembre, beaucoup de séances de travail sont réservées à l’appropriation des nouveaux outils, des nouveaux codes de fonctionnement, de la connaissance des nouveaux camarades, du nouvel enseignant, ce qui peut s’étendre sur plusieurs semaines. En fin d’année, le processus devrait être inverse puisqu’il s’agit d’envisager de se défaire progressivement des gestes d’élèves acquis, de faire une sorte de deuil autour de ce que l’on connu pour mieux appréhender la rentrée suivante et son lot de découvertes.

Du côté de l’enseignant, cela peut avoir quelques bénéfices de faire de chaque année une aventure inédite : repartir sur de nouvelles bases, rencontrer de nouveaux élèves vierges de tout éventuel passif, proposer une véritable diversification des méthodes de travail, permettre aux élèves de développer des stratégies d’adaptation aux formes scolaires, moins ressentir la responsabilité des apprentissages des élèves, et de leurs difficultés à apprendre, …

Mais, que de gâchis, que d’énergie gaspillée, que de temps perdu à autre chose que des apprentissages, que de risques pris à faire et défaire sans cesse. Cela donne en quelque sorte l’impression que l’enseignant serait condamné à accomplir le supplice de Sisyphe, non pas en devant faire rouler éternellement un rocher, mais en reproduisant ses gestes de bâtisseur de classe dès qu’il est temps de se séparer des anciens élèves et d’envisager d’en accueillir de nouveaux à la rentrée. Sisyphe n’était pas pédagogue et Zeus pas ministre de l’Education Nationale !

Des pistes pour trouver le temps

Heureusement, d’autres voies sont possibles, en particulier celles qui consistent à proposer aux élèves et à leurs enseignants un temps de travail plus long, dégagé de l’angoisse du mois de juin, avec son lot d’insatisfactions de part et d’autres. Plutôt que de se baser sur une seule année scolaire, faisons de ce délai un démarrage. Dès le début du processus, envisageons les parcours scolaires comme autorisés à se développer dans un contexte cohérent jusqu’à son terme. Ecrivons-le tout de suite, ce terme peut être déterminé doublement :

- d’abord par l’atteinte des objectifs, non pas seulement ceux de l’enseignant mais aussi et surtout ceux de chaque élève, fixés autour d’une maîtrise construite et durable des compétences et connaissances associées à chaque étape scolaire. Une fois le projet atteint, qu’il prévoit une poursuite libre de la scolarité, notamment en matière de réflexes de travail.

- Ensuite autour de la pertinence de la rencontre entre le profil d’un élève et les caractéristiques du projet conduit par l’enseignant. Certaines organisations de classes, certains contextes relationnels, peuvent ne pas convenir à quelques élèves. Autant le reconnaître et en tenir compte. Que cette exigence de temps ne devienne pas pour certains l’occasion de se sentir enfermé dans des relations inhibitrices et stériles : qu’à la fin de chaque année restent possibles les changements de classe, humains ou organisationnels. Ceci vaut aussi bien pour un enfant que pour un enseignant.

Ainsi donc, cette considération plus large du temps scolaire peut s’entendre au moins selon deux approches différentes :

- Permettre à des élèves de rester plusieurs années dans la même classe, avec le même enseignant et une globalité de mêmes camarades. Il est ici question des classes de cycle, voire des classes uniques qui ne voient changer qu’une partie réduite du groupe. A chaque rentrée, les "anciens" deviennent des passeurs de culture de classe, ce qui soutient la dynamique construite les années précédentes et libère l’enseignant de cet éternel recommencement. Les connaissances mutuelles permettent une centration plus rapide sur les forces de chacun pour les mettre en avant et sur les difficultés individuelles pour tenter de les estomper. Par exemple, un enfant en délicatesse avec l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, n’est plus sous la pression d’une échéance, une fin de CP notamment, puisque chaque année de nouveaux élèves arrivent et contraignent la structure de classe à prendre en compte ce travail, quoi qu’il arrive. Ce qui n’a pu être acquis une première année pourra faire l’objet, sans tabou ni vindicte, de nouvelles situations d’apprentissages aussi riches que les années précédentes. Peu de risques alors de voir des élèves quitter l’école primaire en étant considérés d’analphabètes.

- Permettre à des élèves d’avancer sur un parcours scolaire balisé par un même corpus de compétences à acquérir. Il est ici question des classes où les enseignants "se passent les élèves" tout en permettant à chacun d’eux de poursuivre leurs travaux là où ils les avaient arrêtés. On s’appuie ici sur les principes des fonctionnements en cycles qui voient se constituer des équipes d’enseignants autour de curricula de compétences, d’outils de travail et de procédures d’évaluation et de suivi. Cela nécessite certes une qualité de concertation parfois difficile à établir, mais cela permet aux élèves de disposer d’années scolaires adaptées à leur histoire scolaire tout en conservant les ouvertures offertes par le changement de référent de classe. Pour un enfant en difficulté en mathématiques, cette prise en compte différente du temps scolaire rend évidente pour l’enseignant la constitution de groupes de besoin, la plupart du temps réduits, ce qui optimise la proximité didactique des activités proposées et une écoute fine des manifestations scolaires des élèves.

Ce qui importe ici est donc davantage le temps de l’enfant que celui de l’enseignant, simplement parce que l’activité qui prédomine dans tout projet pédagogique est celle qui émane de l’élève. En allégeant la contrainte du temps scolaire, en ne faisant plus de l’année une borne inhibitrice, on se donne les moyens en tant qu’enseignant de responsabiliser chaque élève dans ses apprentissages, et, au-delà d’un simple rôle d’acteur, de les rendre auteurs de leurs journées scolaires et, par cascades, de faire de l’école autre chose qu’une institution de la sélection.

Dans la quête des fondamentaux, l’école a pris un certain retard, non pas au niveau de la performance d’une élite, plutôt en matière d’équité scolaire. « Ne rien changer avant de tout changer. L’école ? Demain ! Militons ailleurs, après cinq heures. » C’est ainsi que nous avons longtemps agi, mais nous en mesurons aujourd’hui les limites. C’est d’abord par l’école et au sein de l’école qu’elle peut véritablement changer. Fernand Oury et d’autres nous ont prouvé que la pédagogie était une voie à prendre, pas seulement d’un point de vue théorique, mais d’abord en s’intéressant à la classe. Nous l’avons vu, un de ces premiers changements pourrait être la mise en question de l’année scolaire.

Sylvain CONNAC

Que deviennent les élèves de classes coopératives au collège ?

Collège

La visée première de tout dispositif pédagogique devrait être de garantir le transfert de ce qu’il a permis d’acquérir. Autrement dit, s’efforcer de rendre accessible dans de nouveaux contextes ce qui a été appris dans le notre. En particulier, il s’agit de permettre ce transfert lors du passage de l’école primaire au collège. Or, ce qui vaut pour l’ensemble des écoles le vaut également pour celles où une pédagogie particulière a été choisie ; les enfants issus de ces classes doivent pouvoir disposer de repères scolaires au moins aussi importants qu’ailleurs.

Cela concerne donc les écoles s’appuyant sur les pédagogies coopératives, c'est-à-dire celles qui permettent aux enfants d’apprendre en s’entraidant et qui valorisent les situations qui échappent au contrôle du maître. L’école élémentaire Antoine Balard à Montpellier fait partie de celles-ci. Dans chaque classe, des enfants sont scolarisés du CP au CM2. Les enseignants sont alors contraints de penser leur métier autrement, notamment en favorisant les échanges entre élèves et en institutionnalisant les espaces et les temps ainsi libérés. Des élèves y sont amenés à vivre l’ensemble de leur scolarité primaire au sein de groupes extrêmement hétérogènes, à développer des stratégies d’apprentissage qui explorent des approches autres que celles induites par une intervention magistrale de l’enseignant, à côtoyer un système d’évaluation sans note, autour de parcours personnalisés balisés par des compétences à acquérir, …, en somme à évoluer dans un environnement pédagogique étranger à celui qu’ils vont rencontrer lors de leur entrée en 6ème. C’est alors aisé d’admettre que les CM2 de l’école Balard ont eu la possibilité de développer une large palette des compétences sociales.

A la fin de leur cycle III, ils sont généralement devenus experts dans la prise de parole, l’animation démocratique de réunions, le traitement non-violent des conflits interrelationnels, l’entraide et le tutorat. De plus, ils ont majoritairement développé un rapport dynamique aux savoirs, ce qui leur permet de ressentir l’école comme génératrice de travail et source de plaisir à pouvoir profiter d’une communauté de pairs pour développer des projets dans lesquels ils se sentent impliqués.

Les liaisons CM2-6ème ne pouvant pas toujours assurer un suivi régulier des élèves, il devient légitime de creuser leur devenir scolaire. Que deviennent toutes ces compétences et ce rapport à l’école une fois entrés au collège ? Qu’en est-il de l’adaptation de ces élèves ? Comment vivent-ils le changement parfois radical d’organisation de la vie scolaire, de la relation éducative ? Comment les apprentissages disciplinaires, la plupart du temps développés par l’intermédiaire de projets choisis et conduits de manière autonome, deviennent-ils accessibles dans un contexte pédagogique où les enchaînements d’activités dépendent d’une progression didactique précise ? Voici autant de questions qui méritent de prêter attention.

Pour préparer les enfants à ce passage, les enseignants de cette école ont pensé une préparation spécifique des CM2. L’écart entre les organisations est important, une intervention précise s’impose alors. A l’école Balard, trois dispositifs semblent au cœur de ces préoccupations :

- La classe coopérative se veut un espace laissant une place importante aux événements qui peuvent survenir. Nous invitons donc les anciens élèves à venir rendre visite à leurs anciens camarades. La situation devient alors naturelle pour qu’ils témoignent de leur quotidien de collégien et précisent la nature du changement : l’emploi du temps, le déplacement entre les classes et les professeurs, le cahier de texte, le carnet de correspondance, les surveillants, le self, les retenues, les cours, les devoirs, les contrôles, les notes, …

- Aux alentours du mois de mars, une proposition est faite aux CM2 de s’entraîner à la maîtrise du vouvoiement, tout du moins pour ceux qui n’en maîtrisent pas encore l’emploi. Nous avons pu observer que cette pratique langagière, d’apparence anodine mais indispensable dans les collèges, est parfois totalement étrangère au quotidien des enfants. La classe se mobilise donc pour rappeler à ces enfants le changement de pronom à chaque fois qu’un échange s’engage auprès d’un adulte.

- Comme partout ailleurs, le projet pédagogique de l’école Balard tend vers la maîtrise des compétences et des connaissances de fin de cycle III. Sa spécificité, c’est de s’appuyer fortement sur le concept de maturité cognitive : celle-ci voit les élèves disposer, au-delà de connaissances déclaratives, d’une structure mentale la plus dense possible en mesure de pouvoir rendre le cerveau disponible pour l’assimilation de nouvelles procédures cognitives. Ainsi, à partir des compétences de base en lecture, écriture et mathématiques (qui permettent un accès autonome à tout le reste), ce projet développe des capacités à traiter les informations. Cela se traduit par une lutte contre l’inactivité et l’ennui à l’école, induisant donc l’élan des enfants, leur prise d’initiative pour l’organisation et la conduite de projets dans lesquels ils souhaitent s’engager de manière authentique. Au terme des années d’école primaire, ils sont pour la plupart réceptifs à la richesse des sollicitations qui les entourent et donc semblent parfaitement préparés à suivre des enseignements fortement guidés par un professeur.

Sans pouvoir s’appuyer sur des données statistiques très précises, les enseignants de l’école ont pu observer de manière empirique le fort impact de ce projet sur le devenir scolaire des élèves au collège. Bien évidemment, pas de résultats miraculeux, en particulier auprès des enfants fortement handicapés par des difficultés d’apprentissages importantes. En revanche, ceux qui quittent l’école Balard avec un niveau scolaire correspondant aux compétences de base ou approfondies deviennent des collégiens intéressés et en mesure de suivre sans barrières insurmontables les enseignements dispensés.

Pour enrichir cette analyse, nous avons choisi de nous appuyer sur l’avis d’anciens élèves, maintenant au collège. Nous leur avons demandé, sous forme de questionnaires ou d’entretiens semi-directifs, de se prononcer sur ce passage entre la classe coopérative d’école primaire et le collège. Au total, 17 élèves ont bien voulu participer à notre enquête dont plus de la moitié sont inscrits en 6ème. Les autres enfants se trouvent en 5ème ou en 4ème et peuvent donc analyser leur passage avec un peu plus de recul. Ces élèves sont issus des deux collèges différents.

- Qu’est-ce qui a été le plus difficile pendant ton année au collège ?

Les enfants ont formulé deux types de réponses. Certains ont indiqué des matières scolaires précises : l’Espagnol, SVT, le Français, … D’autres ont expliqué avoir rencontré des difficultés lors des changements de classes toutes les heures. Les plus âgés sont revenus sur l’attention à mobiliser pour ne pas perdre les informations importantes fournies par les enseignants.

- Qu’est-ce qui a été le plus facile ?
Une nouvelle fois, certaines réponses concernent les matières : mathématiques, technologie, musique, … D’autres expliquent ne pas avoir rencontré de difficulté pour se faire des amis. Certains enfin reconnaissent que l’organisation de la classe coopérative en ateliers a facilité la gestion de leur emploi du temps.

- Penses-tu que la classe coopérative t’ait aidée pour bien te sentir au collège ?

Toutes les réponses sont affirmatives. Les anciens élèves reconnaissent l’intérêt du travail personnalisé pour avoir le niveau scolaire, du tutorat pour se sentir concerné par l’école, des responsabilités confiées pour apprendre à vivre avec d’autres.

- Quelles propositions fais-tu pour améliorer ce passage du CM2 au collège ?

De nombreuses réponses vont dans le sens de l’importance d’apprendre à réviser ses leçons, activité qu’ils n’ont pas trop faites à l’école. En complément, ils conseillent quelques sensibilisations à des évaluations notées « pour un peu en prendre l’habitude. » Plusieurs enfants proposent d’être plus sévère et de ne pas hésiter à faire du chantage avec les élèves, parce que « ça marche comme ça au collège. »

- Quels souvenirs conserves-tu de tes années en classe coopérative ?

En tout premier reviennent les nombreuses sorties scolaires effectuées. Ensuite sont abordés les souvenirs liés aux manières de travailler « parce que ça m’a permis de mieux me sentir au collège. » Enfin, plusieurs enfants expliquent conserver un excellent souvenir des moments où ils pouvaient demander à être aidés ou d’autres où ils aidaient les plus petits.

Cette rapide enquête semble donc apporter deux aspects non encore présentés. Le premier concerne l’importance de la préparation aux formes de travail du collège : leçons, révisions, contrôles, ce qui correspond que secondairement à ce qui se pratique en classes coopératives. Le second souligne l’impact positif que cet espace éducatif semble avoir eu sur le devenir scolaire de ces élèves au collège. Aucun enfant, même suite à une demande explicite, n’a exprimé de véritable difficulté lors de son passage au collège.

Il apparaît donc que cette entrée au collège soit facilitée : les élèves passent d’un fonctionnement de classe coopérative complexe, obligeant une forte attention et une connaissance importante de la structure à une organisation de la vie scolaire du collège simplifiée, davantage guidée et, somme toute, nécessitant une maîtrise de son quotidien plus simple. L’emploi du temps et le rythme de travail étant clairement posés, le degré de guidance des enseignants étant plus fort, les élèves ont bien moins de paramètres à prendre en considération. Ce phénomène expliquerait principalement l’aisance manifeste des anciens élèves de classes coopérative lors de leur entrée au collège.

Sylvain CONNAC

Savoir que croire n'est pas savoir


Ou comment les pratiques coopératives peuvent introduire la laïcité

Savoir que croire Enseignant au sein d’une classe coopérative regroupant des enfants du CP au CM2, je suis régulièrement confronté à des imprévus, des événements qui surgissent et qui ne correspondent pas à ce que j’avais pu envisager. C’est la conséquence naturelle de la libération d’espaces d’expression et de responsabilités. Les habitudes coopératives des échanges me permettent de développer une relation aux enfants sans affrontement, ce qui facilite la communication entre nous. Parmi les surprises qui peuvent survenir, un certain nombre correspond à des situations où la question de la laïcité est engagée. L’école Antoine Balard étant située dans un quartier populaire de la ville de Montpellier, la plupart des enfants sont issus de familles ayant vécu l’immigration, en occurrence en provenance de Maghreb. L’une des conséquences de cette caractéristique est que les élèves sont au départ convaincus que l’Islam est la seule et unique vraie religion, que les autres ne sont que des exceptions qui ne les concernent pas et que rien ne peut altérer cette représentation.

Dans ce contexte, il arrive donc que les situations d’ouverture culturelle que je propose ou qui sont induites par les recherches documentaires des enfants, les correspondances et les échanges avec l’extérieur, invitent à interroger ces représentations, tout du moins à les mettre à l’épreuve. Voici trois circonstances qui ont vu cette problématique de la religion se poser.

A noter en amorce que tout ce qui va être décrit dépend de la particularité de mon contexte de travail, en aucun cas des appartenances religieuses des enfants que nous accueillons. Il est fort probable que, dans des environnements avec l’affirmation d’une autre forme confessionnelle, chrétienne ou judaïque notamment, de mêmes phénomènes peuvent se produire.

- « C’est le dieu qui l’a fait. » : En leçon de sciences, certains enfants expliquent les phénomènes par une intervention divine.
Lors d’un atelier de sciences, la question des origines de l’Homme était au programme. Ce fut l’occasion d’aborder l’existence des australopithèques à l’homo sapiens, en passant par l’homo habilis puis l’homo erectus. Une fois la présentation terminée, Myriam me demanda pourquoi l’Homme n’était-il pas apparu comme nous le connaissons aujourd’hui, qu’est-ce qui avait fait qu’il ait dû en passer par toutes ces phases d’évolution. J’ai alors renvoyé la question à la classe qui, après un court moment de silence, semble s’être accordée pour répondre en chœur : « C’est le dieu qui l’a fait ! » Sollicitant quelques avis, il a alors été expliqué que c’est « le Dieu qui a créé le ciel, la terre, la animaux, les plantes et les hommes et qu’il l’a fait comme il l’a voulu. » La séance aurait pu facilement se terminer sur cet avis, tant le consensus paraissait fort.

J’ai alors choisi d’intervenir pour expliquer que l’argument de dieu n’était pas forcément le bon face à l’ignorance, qu’il nous était possible de reconnaître que l’on ne savait pas et que l’on allait engager des recherches pour essayer de combler ce manque. Pour appuyer mon propos, j’ai pris l’exemple d’un match de foot dans la cour où Hamza avait marqué un but contre son camp. J’ai alors demandé si quelqu’un connaissait la raison de son geste, personne n’a su répondre. J’ai avancé l’idée, qu’à ce moment là, c’était à cause du dieu qui avait décidé de favoriser une équipe contre une autre. L’absurdité de l’argument, semble-t-il, a fait mouche puisqu’à partir de ce jour, c’est devenu un réflexe de classe que de rappeler cet événement du but marqué contre son camp lorsque quelqu’un usait de l’argument « C’est le dieu qui l’a fait » pour donner l’impression d’avoir un avis. Il arrive même que certains enfants se permettent de dire à un autre « Pourquoi tu parles toujours du Dieu, ça n’a pas de rapport avec ce qu’on est en train de chercher ! »

- « C’est harām » : des enfants refusent de participer à une discussion à visée philosophique sur le thème de « Dieu existe-t-il ? »

« C’est harām !  » Voici littéralement ce que Youssef, nouvellement arrivé dans l’école et scolarisé en CM2, s’est exclamé lorsque le président de séance a rappelé le thème de la discussion à visée philosophique. La question avait pourtant fait l’objet d’une réflexion et d’un choix lors du conseil coopératif de la classe, « Dieu existe-t-il ? » étant apparu dans la boîte à questions suite à la lecture d’un texte de Nasreddine où le Hodja avançait l’idée que Dieu avait peut-être été inventé par les Hommes. Youssef est un garçon assez bon scolairement mais a encore du mal à trouver une place dans un groupe qui ne l’accepte pas complètement. Il a bien compris qu’en adoptant une telle position de défiance quant aux habitudes de la classe, qui plus est en se référant à des références culturelles fortes chez la majorité des enfants, il allait pouvoir facilement fédérer autour de lui. C’est d’ailleurs ce qui se produisit puisque immédiatement après son annonce, trois autres garçons parmi les plus grands de la classe se sont mis à faire comme lui, croiser les bras, baisser la tête et manifester ainsi leur intention de ne pas prendre part aux échanges. Le président me regarda, je pris l’option risquée de continuer notre travail sans tenir compte de cet imprévu. Le restant du groupe se mit alors en position de communauté de recherche, la plupart défendant l’idée que Dieu existait puisque sinon la Terre et les Hommes n’existeraient pas. Le premier argument utilisé par les enfants était que la preuve était donnée par le Coran où était écrit l’existence de Dieu.

Ce qui se produisit alors fut assez étonnant puisque l’un des copains ayant rejoint Youssef sortit de sa prostration, certainement démangé par l’envie de participer. Prioritaire dans la parole puisque ne l’ayant pas encore prise, il expliqua alors que ça ne suffisait pas que cela soit écrit dans un livre pour que cela soit vrai, qu’il connaissait plusieurs exemples où des mensonges étaient écrits. Ce revirement de positionnement poussa alors Youssef à en faire de même. Il essaya alors par tous les moyens, réflexifs cette fois-ci, de convaincre ses camarades de l’existence de Dieu. Pendant la phase de bilan de la discussion, j’en ai profité pour revenir sur la forme de protestation de certains grands garçons en demandant ce que le groupe en pensait : était-ce un interdit majeur que de s’interroger sur l’existence de dieu ? Les enfants furent alors d’accord pour admettre l’idée que si l’on dispose d’un cerveau, c’est pour s’en servir et que se demander si dieu existe ne conduit pas nécessairement à sa négation.

Lors des discussions suivantes, à chaque fois que la question de la religion apparut à nouveau, Youssef se montra un participant acharné dans ses idées, mais ne refusant ni les échanges ni la confrontation des arguments.

- « Sait-on si les extra-terrestres existent ? » : En Histoire, des enfants affirment haut et fort qu’il n’y a qu’une seule religion, celle des Musulmans.

En tant qu’équipe enseignante, il nous est apparu important de travailler régulièrement avec les enfants de nos classes la question des grandes religions monothéistes, afin de tenter d’étayer chez eux des bases culturelles à la fois fortes et fragiles, présentes et distantes. Ces travaux sont donc l’occasion de découvrir ou approfondir les bases du Judaïsme, de la religion Chrétienne et de l’Islam, en focalisant l’attention sur les prophètes, les grands livres, les cultes et pratiques confessionnelles. En fin de séquence ou lorsque vient le moment d’aborder l’Islam, immanquablement, certains enfants affirment leur adhésion à cette religion, en expliquant que c’est la meilleure, la plus importante et la « plus vraie. » Une fois la présentation des savoirs associés achevée, ma stratégie est alors de faire réfléchir les enfants sur la distinction conceptuelle entre « Croire » et « Savoir ». Il n’est pas rare de se rendre compte que ces deux termes sont fréquemment associés par les enfants dans un ensemble qui engloberait les savoirs, les connaissances et les croyances. Or, en s’appuyant sur des éléments que les plus dégourdis peuvent apporter à la classe, il est possible de faire toucher cette distinction.

Par exemple, Aïssam a un jour expliqué devant ses camarades que son prénom, il le savait parce qu’il le connaissait grâce à ses parents qui le lui avaient donné. En revanche, il ne peut en être de même pour les extra-terrestres dont on ignore complètement l’existence, ce qui n’empêche pas qui le souhaite d’y croire, ou pas. Ainsi, par multiplication des exemples de cet ordre, il devient plus facile de faire émerger chez les élèves l’idée que face aux religions, face à l’espérance d’une vie après la mort et à l’existence d’une éventuelle transcendance, en l’absence de preuves intangibles, nous étions dans l’impossibilité d’être dans le savoir, ce qui n’implique nullement d’entrer dans le croire. En tant qu’enseignant, je m’autorise à préciser que tout un chacun a le droit de croire ce qu’il veut, que personne ne peut réellement imposer une croyance, qu’il s’agit d’une acceptation personnelle et volontaire. En contrepartie, cela ne signifie pas qu’il en est de même pour le savoir, qui émane obligatoirement de preuves certifiées, la plupart du temps par l’intermédiaire des démarches scientifiques.

On situe donc bien la sensibilité de ces situations faisant référence à des questions autour de la religion. C’est pour cela que l’école doit tenir une place importante et apporter une parole forte dans ce domaine : éclairer les savoirs, faire ressentir la liberté des pensées et donner sens à la tolérance. C’est à ce niveau-là que le concept de laïcité peut intervenir, comme instrument d’acceptation de toutes les croyances, plus largement de toutes les singularités. Cela détermine une partie des conditions pour qu’émergent des savoirs valables pour l’humanité dans son universalité.

Un jour, un enfant avait traduit cette explication par une phrase : « La religion du maître, c’est la laïcité ! » A votre avis, qu’ai-je bien pu lui répondre ?

Sylvain Connac

dimanche, août 2 2009

Charte des droits de l'enfant en classe coopérative

En classe coopérative comme ailleurs, les enfants ont des droits que les adultes doivent respecter et faire respecter par le projet pédagogique qu’ils développent. C'est en particulier le cas pour ceux relatifs à la Convention Internationale des Droits de l'Enfant ratifiée par la France en 1989.

Certainement plus qu’ailleurs, la question de l’exercice des libertés est travaillée, ne serait-ce qu’à partir de l’ensemble de situations de classe et d’école où ces enfants sont amenés à vivre de manière authentique et volontaire. Il peut malheureusement arriver que la structure et l’organisation de la classe fassent prévaloir le collectif sur l’individu, ou que l’intervention de l’adulte contredise le projet qu’il tente de mener, par exemple en occupant une trop grande place dans le quotidien des enfants.

Ainsi donc, il convient de préciser ou rappeler les droits fondamentaux que les élèves des classes coopératives peuvent légitimement revendiquer. A leurs enseignants et à leurs groupes de partages de s’interroger sur les conditions les meilleures pour qu’ils puissent être respectés. Ce document de travail pourrait alors devenir une balise à partir de laquelle la classe est conduite, les décisions en conseil coopératif prises.

jeudi, avril 23 2009

Première réaction

Voici la première réaction argumentée à la sortie de ce livre. Il s'agit de celle de Jean-Claude Aparisi, enseignant, directeur d'école d'application et formateur.

A lire !

"Salut Sylvain je viens de finir ton ouvrage et je pense qu’il fera date dans la dynamique du mouvement. A sa lecture j’ai pensé que ton lecteur imaginaire pouvait-être un jeune collègue, un stagiaire de l’IUFM (tant qu’il y en a), un étudiant en sciences de l’éduc, en tout cas quelqu’un en questionnement sur son avenir et/ou sa pratique ; car c’est d’abord une mine foisonnante d’exemples, d’explicitations, de références bref un outil de travail coopératif. Outil qui me semble d’autant plus efficace que son organisation en permet un usage sélectif, le revers de cette médaille pouvant en être le pillage technique sans l’éthique qui à mon avis est centrale, comme le disait le père Freinet considérons nos collègues comme des personnes ordinaires et laissons les s’accommoder d’abord d’une technique, le reste suivra peut-être.

J’ai particulièrement apprécié le passage sur la dvp qui met bien les choses au point en établissant un rapport clair à l’objet du savoir et au fantasme magistral ainsi que la place que ça peut prendre dans un ensemble coopératif. Je souligne aussi toute la clarté et la cohérence dans les parties deux, trois et quatre, je reviendrai sur la première. Ces trois parties montrent que les outils, les techniques et les dispositifs répondent aux choix des enseignants et aux évolutions de leurs pratiques, qu’ils ne sont pas figés par des modèles orthodoxes, que leur liste non close s’accroit à mesure de l’expérience, des besoins et des avancées de la recherche (de l’expérience).

Je conseillerai une lecture documentaire du bouquin pour aller y chercher ce dont on a besoin : à une question sur la classe coop, une réponse écrite. Est-ce suffisant ? Nous savons bien que non !

Chaque question, chaque réponse en entraîne une autre et une autre encore qui nous permettent de toucher la complexité des dispositifs et la cohérence d’un ensemble multiple.

En dehors d’un démarrage théorique solide, l’ensemble est émaillé de références un peu impressionnistes et toutefois judicieuses, quelques mots de psychanalyse, un peu d’anthropologie, un brin de psychosociologie, de la psychologie cognitive, quelques touches de didactiques nécessaires ; quelques mots qui laissent entendre que tu sais de quoi tu parles sans jamais sombrer dans la cuistrerie.

S’agissant d’une lecture critique, je vais avancer quelques remarques de détail d’abord puis sur le fond dont je souhaiterais débattre. Détail d’abord pour une éventuelle réédition, les surprises du copier coller, les coquilles de style, les libertés orthographiques émaillent encore le texte, et d’autres relectures pourraient être un crible indispensable, pour m’être livré à cet exercice j’en connais la difficulté et je ne peux que recommander des relectures plurielles et impitoyables.

En passant, le bref passage sur l’imprimerie n’en présente que l’intérêt pour finaliser les textes des enfants. Aujourd’hui à l’heure des fibres optiques et des micro-ordinateurs ça a l’air désuet voir ringard. Mais j’ai été intéressé par une conférence d’Annie Tardit qui montrait que la méthode naturelle du lire écrire trouvait aussi son sens à ces manipulations de la lettre en tant qu’objet, de la lettre concrète en plomb, à l’envers, et également de la ligne inversée… elle s’appuyait sur l’instance de la lettre dans l’inconscient et en particulier sur la psychanalyse de « l’homme aux loups » de Freud. D’autre part Freinet, parlant des dyslexies, précisait que non seulement il n’y en avait pas dans les classes utilisant l’imprimerie mais qu’en plus il les guérissait (il poussait peut être un peu le bouchon) hélas je n’ai plus la référence de cette citation

Dans l’économie générale du bouquin, il me semble qu’un passage sur le collectif des adultes en tant que soutien eût été le bienvenu. Il y a quelque chose d’effrayant à cette multiplication de dispositifs pour un collègue qui les découvre, même si tu conseilles de ne se lancer que dans un « quoi de neuf ? » pour amorcer la pompe, je crois que les perspectives ouvertes par la parole soudain libérée ne constituent pas toujours, pour un néophyte des points d’appui suffisants ; l’existence de groupes dans chaque département, l’accueil bienveillant réservé à chaque collègue, le tâtonnement collectif, l’assurance prudente des anciens, le partage des expériences, des réussites et des échecs, l’élaboration collective des solutions, la coexistence de contradictions internes, la convivialité des rencontres permettent à chacun de ne pas lâcher les mains quand les pieds ne touchent pas le sol, ainsi d’y trouver son miel et l’assurance de rester lui-même dans cet ensemble. Le fonctionnement du groupe tant dans les champis, les rencontres, les stages que par les échanges d’emails en sont une illustration pertinente. Car ce qu’a réussi particulièrement Freinet c’est de créer un mouvement.

Pour ma part, je conseillais au pe2 de démarrer un travail coopératif avec un objet culturel (ou de savoir) sur lequel ils avaient une prise qu’ils pouvaient lâcher pour le laisser prendre corps dans la collectivité des enfants et qui renvoyait précisément à un travail. Voici en exemple les recommandations que j’adressais aux stagiaires qui suivaient un petit module sur la classe coopérative.

« Vous voilà parti pour un nouveau stage en responsabilité avec vos espoirs pédagogiques de classes coopératives. La difficulté bien entendu c’est que la culture n’y est pas toujours et que la coopération y est trop souvent réprimée. Sauf pour le cas assez incertain qui vous ferait exercer dans une classe à pratiques coopératives ou institutionnelles, voici donc quelques trucs qui vous permettront d’expérimenter modestement, la pertinence d’une rupture.

D’abord prenez en compte ce que le maître aura mis en place et sa demande éventuelle pour ne pas placer les enfants en porte-à-faux, ne modifier, dans un premier temps que ce qui vous semble contraire à l’éthique du métier en particulier ce qui concerne le statut de certains enfants. Parfois, il suffit de regarder les enfants et de les entendre pour installer un nouveau rapport pédagogique.

D’une manière très globale faites part de vos intentions aux élèves en rendant parfaitement lisible l’organisation de la journée de classe (c’est déjà un bon début) ou de la semaine, si vous vous en sentez la force, par un plan de travail écrit au tableau. Ne prenez pas de liberté avec ce qui aura été prévu sauf à en débattre avec la classe en mesurant les conséquences d’un changement. Par exemple si l’enthousiasme d’une séance de travail mérite d’être entretenu, arrêtez la à l’heure et débattez, brièvement, avec les enfants d’une éventuelle prolongation, prenez garde que les séances alors supprimées soient bien reportées au jour suivant en début de journée y compris pour des temps d’arts plastiques ou de musiques qui passent trop souvent à la trappe, vous montrerez par là que tout ne dépend pas de la fantaisie du maître.

La mise en place d’un conseil sans objet bien défini reste périlleuse dans un stage de trois semaines ; je vous recommande de définir des objets de travail.

Je vous propose d’organiser au moins une activité sur le mode coopératif (plus si vous pensez que la classe sera réactive). Attention, il n’y a pas de miracle, en particulier au démarrage, c’est vous qui impulsez le travail.

Pour démarrer en stage, voici quelques propositions pour une activité individuelle avec retour au collectif.

• L’exemple de la poésie peut être transféré à d’autres domaines. L’objectif est que chaque enfant soit capable de lire des poèmes, d’en choisir un, de justifier son choix, d’exprimer des émotions, de le copier. Donc pour démarrer assurez vous que les enfants ont bien un cahier ou un classeur ad hoc, rassembler des textes en mettant à leur disposition des ouvrages ou des fiches. Cette activité et ses prolongements feront alors l’objet d’un conseil auquel seront soumises les questions des enfants auxquelles vous vous garderez bien de répondre. Ce premier conseil pourra être organisé immédiatement après le travail. « Est-ce qu’on est obligé d’en copier, de l’illustrer, faut-il l’apprendre, en entier, la réciter, est-ce qu’on est noté, qui note, est-ce qu’on peut en inventer… » Autant de questions que vous renverrez au débat collectif organisé avec un ordre du jour, un président, un secrétaire. Vous verrez bien si d’autres questions sont alors amenées par les enfants y compris celles du comportement pendant la séance.

• Pour une activité plus collective, vous pouvez aussi mettre en place des ateliers d’écriture avec des matrices comme en proposent JH Malineau, les surréalistes ou encore l’OULIPO, les ouvrages dans ce domaine ne manquent pas. Que faire de ces créations ? Cela devient l’objet d’un conseil pour savoir s’il faudra les recopier, les agrandir, les illustrer, les exposer, en faire un spectacle etc.… à partir d’un tel travail, on peut passer un degré en organisant une correspondance avec une autre classe (modalités à débattre) pour simplement échanger, comparer les productions, découvrir les règles d’écriture etc.…

• Les activités de défis (lecture ou problème) se prêtent facilement au travail coopératif : en définir les modalités (forme, présentation, niveau de difficulté, rythme, rôles de chacun dans le travail, etc.…), répondre aux défis des correspondants, soudent la classe dans le travail et alimentent les débats du conseil.

• plus difficile serait la mise en route de chantiers ou de projets complexes pour lesquels il vous faudra mesurer le temps : trois semaines c’est très court si vous respectez la parole des enfants.

Pour modeste qu’elles soient, ces activités vous permettent de prendre la mesure de la classe et de votre réactivité dans des situations dans lesquelles vous n’avez volontairement pas toutes les cartes en mains.

Bonne chance, mon mail est accessible

Jean Claude Aparisi »

Ça reste modeste mais les stagiaires semblaient y trouver un compte provisoire et de la matière pour les conseils.

Toujours à propos des adultes, il faut tout à la fois soutenir ceux qui sont isolés dans une école traditionnelle, c’est le cas le plus fréquent (voir plus haut) et ceux qui s’égarent dans une direction ordinaire : qu’est-ce qu’être directeur quand on se revendique d’une pratique coopérative dans une école ordinaire ? Sur ce point j’ai quelques idées mais je n’ai pas les clefs d’écriture, voilà un chantier…

Et puis entre temps, j’ai reçu le « Journal Français de Psychiatrie » auquel je suis abonné dont le dernier numéro s’intéresse à la transmission à l’école. Un article très bref de Charles Melman m’a semblé d’une grande pertinence et me permet d’introduire la suite de ma critique. Le voici :

« Augenblick Nous transformons le désir de savoir de l’élève en un devoir de savoir, fidèles sans doute en cela à notre tradition religieuse. L’opération est pourtant d’autant plus dommageable que les savoirs enseignés à l’école n’ont rien de sacré mais proviennent eux-mêmes du désir de savoirs de leurs inventeurs ou contributeurs. On peut avancer sans trop se tromper que c’est la rencontre entre ces deux désirs qui peut donner quelque intelligence à l’élève et l’amener à passer valablement de la position de récitant à celle d’associé. On sait trop comment à défaut, notre enseignement peut donner des capacités techniques, aucunement éthiques. A négliger ces dernières, nous allons probablement à notre perte. Imaginons que si la moyenne des élèves résiste à l’enseignement, c’est qu’ils cherchent un salut. Et si cette supposition est exacte, il y a beaucoup à faire. Charles Melman JFP n° 31 février 2009. »

Et bien justement c’est ce qui transparait dans ton livre, c’est ce que nous faisons dans le quotidien de nos classes mais hélas pas toujours dans nos discours. Avec un spectre politique extrêmement large, n’avons-nous pas une vision idéale de la société, des relations et des places que les hommes pourraient y trouver et qui nous guident bien au-delà de toute théorie scientifique ? Une société de libertés, une classe de désirs, une pratique de l’autre… mais ces choix ont un prix, celui d’un abandon radical du fantasme de notre maîtrise sur les savoirs et leur transmission, sur les élèves et leurs apprentissages, sur les jugements et les évaluations.

Bien entendu cela ne rend pas caducs les savoirs, la culture et les valeurs mais constitue une critique radicale de ce qu’elles deviennent à l’école (la fameuse scolastique).

Il nous faut paradoxalement croire bien plus fortement à la certitude de notre pari sur l’éducabilité, la démocratie, la transmission d’une culture.

Revenons à Freinet et à ceux qu’il a entraînés dans son mouvement. Je ne pense pas qu’aucun n’ai eu besoin de l’étayage d’une théorie qui ne fût pas issue de cette pratique du social que constitue la pédagogie coopérative ; tout au plus d’un éclairage. L’engagement de Freinet, éducateur prolétarien, était radical, forgé sur la conviction que les horizons politique et pédagogique étaient indissociables même si l’un ne se réduisait jamais à l’autre, et qu’il ne devait poursuivre qu’un but : celui de l’émancipation humaine de toutes les sources d’aliénation sur tous les fronts. Pour cela il était profondément communiste, de ce communisme qui se nourrissait aux sources du quotidien de la misère et des solidarités, et des utopies, que l’on ne pouvait pas ne pas croire, qui couronnaient de fleurs les filles du paradis prolétarien, sa théorie n’était pas dans les livres. Alors quand Snyders fit paraître dans «la Nouvelle Critique» l’article qui devait jeter l’anathème sur des années d’expériences et de succès pédagogiques, ce n’est pas tant ce qui le fit renoncer à son engagement partisan que l’attente, déçue, d’un soutien actif du secrétaire général, Maurice Thorez avec qui, il pensait entretenir une relation d’amitié. Cette rupture signe autre chose qu’un simple désengagement, qu’une désintrication de la politique et du pédagogique, à mon avis elle ouvre une nouvelle ère de liens entre le politique et le pédagogique, liens qui restent à penser, mais elle laisse disponible cette pratique à toute utopie politique qui viendrait se traduire en engagement pédagogique, du libéral de gauche au communiste libertaire y compris pour ceux qui ne se revendiqueraient que d’un humanisme apolitique même vaguement chrétien.

Freinet n’était pas un théoricien, il récusait même certaines théories en particulier celle qui le mettait au prise avec la libido freudienne. Il fallut quelques années avant que des concepts aussi dynamiques que ceux de tâtonnement expérimental, et de démarches naturelles, pourtant centraux dans la pratique et les écrits de la CEL, trouvent placent dans les recherches universitaires, tu as raison en cela de citer Britt-Mary Barth, Piaget ou Vygotski. En revanche c’est d’une toute autre démarche qu’il s’agit lorsque tu mets en avant les neurosciences et les théories de la communication. Comme si nous avions besoin d’une caution scientifique pour assurer la validité de nos démarches. Avons-nous besoin dans un reflexe néopositiviste, que les neurosciences nous justifient ? Faut-il que nous trouvions nos repères et nos repaires dans la cartographie cérébrale ? Je ne le crois pas, sans contester la validité scientifique des résultats, n’y a-t-il pas d’autres pratiques pédagogiques qui trouveraient grâce au regard de ces théories ? Des neuro-pédagogies en quelque sorte. Si la réponse est « non » hâtons nous d’imposer partout la TFPI au nom de la science et du progrès. Au contraire, si c’est «oui» n’y aurait-il pas à chercher des invariants anthropologiques et neuronaux qui justifieraient toutes les pratiques et leur permettraient d’exister dans le grand marché de la transmission des savoirs et des valeurs? Il en va de même pour les théories de la communication ; à ceci près que là j’exprime un désaccord plus profond. Je crois que la parole et les lois qui la permettent sont au centre du dispositif. Contrairement à la communication qui renvoie à la perfection d’une continuité entre les choses et les discours (il suffirait de construire le ou les langages adéquats), la parole n’est que ratage et l’adéquation est impossible parce que toujours quelqu’un est là qui la prononce et qui ne dit jamais ce qu’exactement il devait dire. C’est bien pour cela qu’à défaut de la parole du maître, il n’y faut que sa garantie à l’existence de lieux d’une parole toujours à réinventer… parce que ça rate ! et que tout revient toujours sur le tapis, c’est normal et ça signe même l’impossible de notre position.

Amitiés et coopération

Tous ces points de divergence ne m’empêchent pas de souligner l’excellence de ton ouvrage et de travailler ensemble pour l’essentiel : les enfants. Jean Claude"

dimanche, avril 19 2009

Interview Café Pédagogique

Dans le cadre de la parution du livre "Apprendre avec les pédagogies coopératives", le Café Pédagogique, co-éditeur, m'a posé un certain nombre de questions auxquelles j'ai accepté bien volontiers de répondre. Voici donc le script de cet échange :

Cafepeda







1- Votre ouvrage est tout à fait original puisqu'il est à la fois théorique et très pratique. Commençons peut-être par la théorie. Vous arrivez à faire le lien entre Freinet et la recherche moderne sur la mémoire, le cerveau. Peut-on associer les deux ?

Merci d’avoir relevé qu’effectivement une de mes intentions était d’associer dans ce travail les données théoriques et scientifiques à celles issues de la pratique. L’un de mes premiers guides en matière de pédagogie, Hamid Aït Saïd, faisait vivre des projets autour de cette maxime : « Faire de l’action la base de nos réflexions et de la réflexion un des moteurs de l’action. » Je pense qu’en effet, il y a tout intérêt à éclairer nos pratiques enseignantes de ce que la culture pédagogique a pu développer. Il s’agit de ne pas avoir à reproduire sans cesse le labeur de Sisyphe. Au moins depuis Rousseau et les pédagogues de l’Education Nouvelle (de J.H. Pestalozzi à Ph. Meirieu), des savoirs pédagogiques ont pu être stabilisés. Ce serait dommage et stérile de s’en passer en tentant d’occulter les expériences de nos aînés.

En même temps, l’agir pédagogique ne peut se satisfaire de conduites à tenir, tant l’acte est complexe et nécessite remises en questions et adaptations. Mais c’est justement parce qu’aucune méthode ne peut se vanter d’être en mesure de correspondre à tous les contextes, que l’on a une nouvelle fois tout intérêt à s’appuyer sur ces savoirs pédagogiques. Ils vont permettre de dépasser rapidement les problématiques des premières fois pour optimiser l’impact de nos projets.

Se priver de la culture pédagogique, c’est tenter de recréer soi-même ce que l’humanité a construit sur plusieurs millénaires ; s’y appuyer, c’est se donner les moyens de poursuivre le travail et faciliter les apprentissages des enfants ou des jeunes avec qui l’on travaille.

La chance que nous avons depuis un peu plus d’une dizaine d’années, est que nous voyons arriver de nouvelles données pouvant contribuer, à leur tour, à l’étayage des pratiques pédagogiques. Je pense notamment aux apports de la psychologie cognitive et de la neuroscience. Ces disciplines rendent accessibles des informations non disponibles sans les outils scientifiques modernes, en particulier concernant le fonctionnement du cerveau. Or, quoi de plus important pour un enseignant que d’être au clair avec cette organisation biologique ? Nous touchons même ici un domaine de formation qui pourrait devenir souverain par rapport à tous les autres champs puisque c’est à partir de lui que tout le reste devient possible.

2- Dans quelle mesure ce qu'on sait maintenant du fonctionnement cérébral conforte les pédagogies coopératives ?

Les réponses à cette question ne sont pas encore toutes fournies, non pas en raison d’un déficit de recherches, mais plutôt parce qu’elles ne sont pas encore toutes parvenues à s’accorder. Toutefois, il est possible de dégager quelques « invariants » qui, parce qu’ils ne s’y attachent pas spécifiquement, ne valident pas les pédagogies coopératives mais entrent en cohérence avec le projet éducatif qu’ils véhiculent. En voici quelques-uns :

- Le cerveau est le produit de l’utilisation qu’on en fait. Plus les enfants font des expériences diversifiées, plus leur cerveau s’enrichit d’empreintes qui pourront être développées plus tard. En même temps, deux choses à mobilisations similaires apprises l’une après l’autre se neutralisent, ce qui interroge le rythme traditionnel de l’enchaînement des cours.

Les pédagogies coopératives développent des approches qui tendent à prendre en compte les rythmes d’apprentissage des élèves, notamment par l’usage des plans de travail qui fournissent à chacun des activités qu’ils peuvent conduire de manière autonome. Une autre piste concerne les situations de coopération reconnues comme permettant une forte mobilisation intellectuelle, d’ailleurs plus dense chez le tuteur.

- L’activité cérébrale se réduit de 50% sur des sujets subissant des situations de stress. Sur une longue période, on remarque une modification structurelle dans le cerveau : le système de récompense du corps ne fonctionne plus correctement. Le stress est donc un facteur qui nuit à la longue au cerveau. Miser sur l’ambiance, sur l’espace et le temps peut donc génèrer un très haut rendement, l’enseignant ayant d’abord à construire un environnement respectueux.

La classe coopérative dispose d’un certain nombre d’institutions visant à écouter les conflits afin d’épurer les tensions, non dans une optique de pacification, mais de permission à la concentration, pour mieux permettre la rencontre aux savoirs.

- Les écoles gagnent à être des lieux riches, qui éveillent à la curiosité du monde, nourrissent l’intérêt des enfants et stimulent leurs dispositions à l’effort. La forme la plus appropriée semble être le travail libre dans le silence, période de grande concentration.

Les pédagogies coopératives permettent ces espaces de travail libre, liberté déterminée moins dans la nature des connaissances à acquérir que dans la forme du travail à engager. Les enfants ont la possibilité de choisir la plupart de leurs modalités d’actions : s’ils vont travailler seuls ou avec d’autres, avec ou sans l’enseignant, à partir d’outils informatiques, de fiches ou de manuels, … Ce travail libre ne se conçoit pas dans un environnement pauvre en ressources et sollicitations. C’est pour cela qu’un des enjeux de réussite est l’enrichissement de la classe, afin que la posture de retrait de l’enseignant ne rime pas avec un amoindrissement des apprentissages scolaires.

- Les performances d’apprentissage ont été mesurées lors d’un cours libre et lors d’un cours frontal. Les résultats sont étonnants, aucune différence n’a été relevée. Pourtant, les élèves qui ont profité du cours frontal ne sont pas les mêmes que ceux qui ont profité du cours libre. Certains profitent davantage d’un système que de l’autre et inversement.

Une des richesses de la classe coopérative est qu’elle permet toutes latitudes en matière de formes d’action. C’est en quelque sorte l’espace privilégié de la pédagogie différenciée. Tout y est matériellement envisageable, ce qui laisse aux élèves le choix des approches et donc de celle qui leur correspond le mieux.

3- Les méthodes actives sont très connues. Est-ce la même chose que les pédagogies coopératives ?

Qui dit méthode active ne dit pas nécessairement pédagogie coopérative.

D’abord parce qu’on n’aborde pas une méthode valable pour un enseignement précis. Il s’agit plutôt d’un espace organisé et enrichi de telle manière que les élèves soient au minimum en situation d’ennui et d’inactivité. Il est très difficile de prévoir ce qu’ils vont en faire, tant le principe est de s’appuyer sur le caractère complexe et aléatoire du vivant.

Ensuite parce que ce qui demeure au centre de ces approches est la permission quasi permanente de travailler à plusieurs, de demander de l’aide ou de la proposer. Les pédagogies actives, bien que développant la plupart du temps de l’interaction entre l’enfant et son milieu, se contentent de cette activité pour accroître la portée pédagogique du projet. Les pédagogies coopératives développent en plus l’idée que c’est en enseignant que l’on apprend le mieux, en grande partie parce qu’on est alors en position de mobilisation de ses propres connaissances. S’engage alors le processus d’adaptation à un contexte de transfert, ce qui ancre davantage la connaissance (ou la compétence), et qui a notamment pour impact d’en renforcer le caractère durable.

En plus de permettre aux élèves d’agir, les pédagogies coopératives les invitent à faire acte d’enseignement.

4- L'ouvrage est très concret avec de nombreuses fiches et des documents de travail. D'où viennent tous ces outils ?

La plupart des outils proposés par ce livre sont issus d’autres ouvrages principalement écrits par des praticiens de mouvements pédagogiques tels que l’ICEM et son chantier Outils, l’OCCE, les associations de Pédagogie Institutionnelle, le réseau Marelle. Quelques outils proviennent de pays étrangers, je pense ici au message clair importé des travaux de Danielle Jasmin au Québec. Une partie de mon projet était de rassembler dans un même volume tout ce qui nous avait été proposé dans une foule d’autres.

Ces outils ont ensuite fait l’objet d’une adaptation dans divers contextes d’enseignement, pour beaucoup en Zone d’Education Prioritaire. Les échanges entre enseignants « coopérateurs » auxquels j’ai pu participer ont été l’occasion d’en travailler la pertinence, tant du point de vue de la mise en place que de celui de l’éthique d’usage qu’il convenait de développer.

5- Peut-on dire des pédagogies coopératives qu'elles sont efficaces ?

Voici un nouveau champ qui m’intéresse fortement de travailler. Peu de recherches ont creusé l’impact des pédagogies coopératives sur les apprentissages. On a pu mettre en avant dans cet ouvrage plusieurs études qui valorisent la référence à la coopération, on aurait pu également aborder les travaux de l’équipe Théodile sur le suivi de l’école Freinet de Mons-en-Barœul et ceux de la DEP sur l’impact des classes multi-âges sur les résultats aux évaluations nationales. En particulier, il serait passionnant de s’intéresser de manière scientifique au devenir des élèves une fois entrés au collège, tant au sujet de leur adaptation à de nouvelles formes e travail que du point de vue des acquisitions scolaires.

Les données en notre possession sont avant tout empiriques. D’un côté, elles montrent des élèves motivés par l’école, y prenant la plupart du temps un plaisir évident, travaillant autour de projets favorisant une forte exposition aux savoirs et, somme toute, fournissant des produits d’évaluations plutôt satisfaisant au regard de ce que l’école attend en terme d’acquisitions. D’un autre, elles témoignent de passages au collège plutôt sereins, sans de réelles difficultés d’adaptation au système ou de niveau scolaire.

Mais disons de suite que le contraire serait étonnant ! Au sein d’une classe coopérative, nous rencontrons des élèves qui évoluent dans un espace organisé et cohérent, respectant leurs profils individuels, favorisant un traitement non-violent des conflits, permettant d’optimiser au mieux le temps scolaire, le tout dans un milieu qui les charge en sollicitations intellectuelles et culturelles.

6- Oui mais il y a la question de l'individualisation. N'est ce pas en contradiction avec des démarches coopératives ?

J’ai envie de dire que l’individualisation serait une partie des pédagogies coopératives. Travailler seul, à partir de travaux qui correspondent à notre profil, est une des opportunités de la classe coopérative. Heureusement, il y en a beaucoup d’autres ! Je n’ai rien contre les programmes d’enseignement par ordinateur, mais à usage exclusif, ils privent leurs utilisateurs d’une des caractéristiques de l’être humain : l’interrelation. En plus de ne pas apprendre seul, on gagne à apprendre à plusieurs.

C’est certainement pour tout cela que l’on parle plutôt de personnalisation des apprentissages : on y trouve tout autant qu’avec l’individualisation ce souci de prendre en compte les caractéristiques de chaque enfant, mais on permet en même temps un fonctionnement systémique au sein de la classe. C’est justement la multiplicité des opportunités offertes aux élèves qui va leur permettre :

- d’abord d’en trouver une qui correspondra mieux que les autres,

- ensuite d’effectuer des transferts entre ce qui a été construit une première fois et les situations nouvelles qui se présentent,

- enfin de rendre la classe vivante, pas uniquement orientée vers la quête des intérêts individuels mais aussi vers le souci du collectif et des bénéfices à vivre à plusieurs.

7- Quel avenir donnez-vous à ces pédagogies ?

On pourrait aussi se demander quelles raisons en ont empêché un avènement plus précoce !

Je pense que les pédagogies coopératives ont de l’avenir, si l’on souhaite faire de l’école une véritable institution d’équité sociale.

Dans un premier temps parce qu’il est indéniable que si davantage d’élèves d’une classe sont en situation d’activité et que ce travail est en grande partie coloré de plaisir de faire et de réussir, alors les acquisitions en seront améliorées. Pour ne prendre que l’exemple très médiatisé de l’apprentissage de la lecture, nous sommes très loin des 15% d’élèves qui quittent les classes coopératives sans s’être rendus autonomes dans la lecture de textes inconnus.

Dans un deuxième temps, parce qu’elles garantissent à tous les élèves, pas seulement une catégorie, de bénéficier des avantages de la coopération. Que l’on soit considéré comme « au niveau », au-dessus de ce niveau ou en-dessous, la structure de la classe coopérative permet à chacun d’effectuer un travail qui lui correspond, sans être freiné par le rythme des autres.

Dans un troisième temps, parce qu’elles ne nécessitent pas une formation professionnelle plus intense, ne demandent pas un investissement plus important. En revanche, il convient sans aucun doute de l’orienter davantage vers de l’analyse de pratiques, l’organisation d’une structure de classe à partir de laquelle les élèves pourront évoluer, la maîtrise d’outils pédagogiques précis, et le développement des convictions qui attribuent à chaque enseignant, à chaque éducateur, un réel impact et une réelle responsabilité dans le projet pédagogique qu’ils font vivre.

C’est en résumé ce que cet ouvrage tente de véhiculer.

jeudi, mars 19 2009

Parution

Parution Bonjour à tous,

J'ai le plaisir de vous informer de la parution de cet ouvrage sur les pédagogies coopératives. Il est disponible depuis le 12 mars.

Il s'appuie sur diverses recherches, en particulier celles conduites à l'école Balard de Montpellier et tente de prendre en compte la richesse des échanges autour de la coopération à l’école avec un recul d'une dizaine d'années.

Il vise à proposer un certain nombre de repères, scientifiques, théoriques et professionnels sur les pédagogies coopératives, c'est à dire celles qui donnent la possibilité à des élèves, dans le cadre scolaire, de travailler en pouvant compter sur l'aide des camarades ou en mettant à leur disposition ses connaissances et ses compétences. Ces ouvertures, bien que nécessitant une organisation précise, semblent conduire à une évolution des résultats des élèves, notamment en améliorant le climat des relations dans la classe. Cet ouvrage a donc pour visée de présenter un certain nombre de savoirs sur la question afin que les enseignants ou éducateurs qui souhaitent développer ou approfondir la coopération à l'école n'aient pas à tout réinventer et puissent poursuivre le travail de défrichage initié il y a quelques temps.

Il est très complexe de tenter une exhaustivité des thèmes de nos approches pédagogiques. Après plusieurs tâtonnements, je me suis arrêté sur une ossature du livre en quatre grandes parties :

  • les repères historiques et scientifiques
  • l'organisation matérielle de la classe, notamment la place de l'outil, le fait qu'on ne parle pas de "méthode" pédagogique.
  • l'enseignement et le rapport aux savoirs scolaires (plan de travail, évaluation, MNLE, créations maths, recherche documentaire, discussions à visée philosophique)
  • les relations dans la classe coopérative (conseil, espaces de parole, prévention des violences, sanctions, réparation, motivations, direction collégiale, ...)

Bonne lecture !

Sylvain

jeudi, février 19 2009

Petit livre de présentation des classes coopératives

Petit livre classe coopérative Voici un document qui propose une présentation rapide de la classe coopérative, sous le format des petits livres. Il est le fruit d'un travail de réflexion d'enseignants de classes coopératives, expérimentés ou pas, ainsi que de parents d'élèves. Il est à destination de tous ceux qui côtoient pour la première fois une classe coop, qu'ils soient parents, stagiaires, collègues, journalistes ou autres.

Pour un savoir plus sur les petits livres, notamment pour le pliage, n'hésitez pas à consulter l'excellent site : Petits livres

A vos pliages !!

mardi, février 17 2009

Présentation du blog "Classes coopératives"

L'organisation et la conduite d'une classe coopérative a fait l'objet de l'ouvrage "Apprendre avec les pédagogiques coopératives" paru en mars 2009 aux Editions ESF et Café Pédagogique.

Cependant, la chose n'en reste pas moins complexe. Ce n'est pas parce que l'on dispose d'un savoir-faire technique et pédagogique que le rendu auprès des élèves correspondra à ce que l'on a prévu. La personnalité des enfants, la nôtre, la forme du groupe, son histoire, le contexte de la classe, les relations au sein de l'école et la foule des interférences affectives sont autant de raisons faisant intervenir de l'aléatoire et de l'incertain dans le quotidien.

Au sein d'une classe coopérative, cette aventure éducative est renforcée, ne serait-ce parce que l'on met à disposition des enfants un certain nombre d'espaces de libertés visant à faciliter et améliorer leurs apprentissages. La difficulté grandit en même temps que ces espaces sont investis, ce qui induit échanges, déplacements, bruits et donc tout naturellement conflits, joies et tensions.

Il convient donc de ne pas rester seul et de discuter de nos pratiques en matière de coopération scolaire. Le mieux est de faire partie d'un groupe de pairs dans lequel une parole peut être posée sans pour autant qu'elle risque d'être pervertie. Mais ce n'est pas toujours matériellement possible. Voici donc ce que ce blog propose : poursuivre les réflexions pédagogiques engagées par le livre autour des classes coopératives, en s'efforçant que les propos écrits se situent dans l'intervalle réalisme - déontologie. Il s'agira donc de s'intéresser à ce qui peut faire l'objet d'opérationnalités pour les élèves tout en gardant à l'esprit le caractère humaniste de nos démarches.

Que vos claviers deviennent donc des instruments pour que l'école contribue au bonheur des enfants d'aujourd'hui et des adultes de demain.